Le réemploi à l’ère de l’architecture d’intérieur

Bonnes pratiques Rédigé par : Ellie Dana 20 mai 2020
Bérengère Tabutin

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Bérengère Tabutin, architecte d’intérieur à la tête de l’entreprise BuroBonus qu’elle a fondé avec Olivier Wagnies nous explique son métier d’architecte d’intérieur à l’ère d’une économie circulaire.

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Pouvez-vous vous présenter en quelques phrases ? 

Architecte d’intérieur CFAI, je conçois surtout des espaces de travail agiles, des appartements et des restaurants, mais aussi de l’événementiel et l’auto-édition d’objets et petit mobilier.

Après un cursus à l’Ecole Boulle puis un Diplôme des Arts Décoratifs de Paris, j’ai d’abord travaillé pour LVMH avant de poursuivre mon compagnonnage au sein d’agences d’architecture, pour ensuite créer mon entreprise BuroBonus il y a 6 ans. 

Je suis membre du Conseil d’Administration du CFAI (Conseil Français des Architectes d’Intérieurs) et de la délégation partenariat du Pôle Action d’Ile de France. Ces deux entités complémentaires permettent de reconnaître, d’encourager et de développer les bonnes pratiques de notre métier.

Parlez-nous de l’évolution de votre métier d’architecte d’intérieur au fil des années ?

Les maîtres d’ouvrage sont de plus en plus réceptifs aux propositions de produits permettant d’améliorer la qualité de l’air intérieur (surtout pour les appartements et les espaces de travail), mais ils ne sont pas toujours prêts à supporter un coût supplémentaire significatif pour privilégier des produits locaux plus respectueux de l’environnement dans leur conception.

Les plus difficiles à convaincre sont surtout les artisans qui restent frileux à s’aventurer vers l’utilisation de produits ou des méthodes de travail qu’ils ne maîtrisent pas.

Selon vous, en quoi est-il important d’utiliser des ressources existantes dans vos projets ?

Le secteur du bâtiment est extrêmement producteur de déchets (81% des déchets français dont 11,3 Mt dans le second oeuvre !). Dans un monde fini où les ressources se font de plus en plus rares, il devient urgent de changer nos méthodes de travail en prévenant la production de déchets et en considérant ces éléments comme des ressources à valoriser.

Par ailleurs, le réemploi permet de préserver le patrimoine, de créer un lien avec l’histoire, de donner du cachet à un espace rénové.

Et puisque pendant cette période de confinement et dé-confinement, les fournitures sont plus difficilement accessibles, il parait donc d’autant plus pertinent de se tourner vers des ressources déjà existantes à proximité.

Comment réagissent vos clients lorsque vous leurs parlez de réutiliser/réemployer des matériaux/objets existants ?

Les clients accueillent très favorablement cette proposition, pourvu qu’elle soit dans la continuité esthétique de ce que nous imaginons ensemble. C’est le contraste entre des matériaux anciens et les éléments neufs qui permet de donner du relief à un espace.

Quel est selon vous le challenge de ces prochaines années en terme d’architecture et d’environnement ? Est-il possible de lier les deux ? 

C’est une nécessité ! Le secteur du bâtiment a un rôle important à jouer dans la préservation de l’environnement. Il faut penser le cycle complet du bâtiment, en privilégiant des matériaux bio-sourcés et en pensant à l’évolution des espaces dès leur conception (c’est ce qu’on appelle « l’agilité »).

Dans ce sens, le réemploi est facile à proposer et mettre en place dans le second oeuvre, tant au niveau de la dépose qu’au niveau de la conception, surtout sur les petits chantiers. Je pense surtout aux appartements parisiens dans lesquels la dépose d’éléments en bon état est fréquente. Là, les entreprises l’accueillent favorablement et les maîtres d’ouvrage également. Il faut juste que le réflexe se crée chez les entreprises et les architectes !

L’architecture crée du lien entre un espace et un individu, un usage. Recréer du lien en privilégiant des entreprises locales, des matériaux locaux (comme le fait la Nature, le Vivant pour bâtir d’ailleurs), en redonnant sa juste place à l’humain qui les valorise : c’est là, notre rôle. Et c’est par ailleurs enthousiasmant de redonner ce sens à notre métier !

Comment avez-vous entendu parler de Cycle Up ? Dans le cadre de quel projet avez-vous eu recours à nos services ?

J’ai d’abord entendu parler de réemploi, car c’était ce que nous faisions avec les espaces événementiels (récupérer les éléments et prolonger leur durée de vie en les donnant à des associations, etc…). Mes recherches m’ont amenées vers Cycle Up et vers le MOOC de l’ADEME sur le Réemploi.

Grâce à l’adhésion des maîtres d’ouvrages, j’ai pu passer immédiatement à la pratique sur un projet de rénovation d’appartement sur lequel il y avait de la dépose d’éléments dans un excellent état. Et c’est d’ores et déjà un succès puisque non seulement les produits vendus ont presque tous trouvés preneur, mais les clients ont également acheté des éléments sur le site de Cycle Up !

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