Le réemploi, une pratique à massifier

Bonnes pratiques Rédigé par : Hugo Bonnet 18 décembre 2020

Dans un contexte environnemental inquiétant, le monde de l’immobilier se mobilise pour réduire son empreinte écologique. Plusieurs solutions ont été développées ces dernières années. L’une d’entre elles a réellement commencé à faire ses preuves, il s’agit du réemploi des matériaux de construction.

Les acteurs de la construction sont de plus en plus nombreux à se montrer concernés par la question du réemploi et de la réutilisation dans le domaine du bâtiment.

Cette pratique vient répondre à de nombreuses attentes. Cependant sa méthode d’intégration sur chantiers reste encore floue pour certains.

Quels sont les facteurs encourageant le réemploi ?

La dimension d’un projet est un aspect fondamental à prendre en compte lors de la phase de réflexion. En fonction de la taille, les potentialités de réemploi peuvent augmenter.

Ce n’est néanmoins pas le seul facteur à prendre en compte. Le type de gisement, la qualité des matériaux, l’homogénéité des produits présents ainsi que la disponibilité des produits sont des facteurs tout aussi essentiels.

Dans une optique de massification de la pratique du réemploi, différentes stratégies peuvent être mises en œuvre. L’objectif étant d’aboutir à un cycle vertueux de la matière sur le projet mais aussi à l’échelle du territoire et ainsi, limiter l’impact carbone de la construction en réduisant la quantité de déchets issus de la déconstruction et en y intégrant des matériaux de réemploi.

Pour cela, plusieurs leviers sont envisageables :

  • Le réemploi in-situ : incorporer au futur projet, des matériaux issus de la déconstruction du site.
  • Le réemploi ex-situ : les éléments réemployables non retenus seront alors mis en vente ou feront l’objet de dons.
  • L’approvisionnement extérieur : incorporer au projet futur, des matériaux issus de la déconstruction d’autres sites alentours.
  • Le recyclage in et ex-situ : en dernier recours les matériaux ne pouvant pas faire l’objet d’un réemploi seront alors recyclés pour un usage sur site ou hors site.

L’anticipation et la préparation sont donc les éléments clés de toute pratique de réemploi. Chaque étape d’un projet doit être considérée sous l’angle du réemploi pour aboutir à une stratégie globale ambitieuse.

Le réemploi en pratique

Missionné par Crédit Agricole Immobilier sur le projet Carré Vert par l’intermédiaire de GreenAffair, Cycle Up a réalisé, à l’issue du projet, un bilan environnemental et économique de la démarche de réemploi mise en place.

La question de la massification du réemploi s’est alors posée. Comment faire mieux et plus sur les prochaines opérations menées par Crédit Agricole Immobilier ? Voici quelques éléments de réponse que nous avons pu apporter.

PROGRAMMATION

A cette phase, il s’agit de :

  • Intégrer des obligations de réemploi sur chaque opération de construction ;
  • Intégrer le réemploi au budget de l’opération. L’objectif étant d’aboutir à minima à l’équilibre par rapport à une opération classique ;
  • Intégrer le réemploi au planning de l’opération ;
  • Anticiper le plan d’installation de chantier (PIC) de l’opération en y intégrant la problématique du stockage in-situ des matériaux et des zones d’enlèvement / livraison ;
  • Créer des synergies entre les projets d’une même maîtrise d’ouvrage afin que les matériaux considérés comme déchets pour les uns puissent devenir une ressource pour les autres.

COMMERCIALISATION (EX-SITU)

Les différentes étapes à prendre en compte ici sont de :

  • Mettre en place un temps de commercialisation dès que possible en amont du curage ou de la déconstruction, puis le poursuivre en phase chantier par l’intermédiaire de l’entreprise
  • Développer des filières pouvant devenir des exutoires récurrents de matériaux de réemploi.
  • Créer de la demande en prescrivant des matériaux de réemploi sur de nouveaux projets.
  • Permettre aux potentiels preneurs de « voir » les matériaux avant de les acheter (visite de chantier, prise d’échantillons…)

LOGISTIQUE

La question du stockage (in ou ex-situ) se pose sur chaque projet. L’objectif étant de :

  • Rendre disponibles les matériaux au moment convenu et ainsi combler l’intervalle de temps entre la dépose et la remise en œuvre.
  • Centraliser l’approvisionnement pour les potentiels preneurs.
  • Sécuriser le gisement en amont pour les potentiels preneurs.
  • Garantir l’état des matériaux

CHANTIER CURAGE/DECONSTRUCTION

Cette phase consiste à :

  • Anticiper la dépose de certains matériaux spécifiques par les futurs repreneurs (ex : les équipements CVC ou RIE).
  • Réaliser des tests de dépose afin de valider la faisabilité du réemploi sur des matériaux spécifiques (ex : parquet, sanitaire suspendus…).
  • Assurer un suivi de chantier hebdomadaire et participer aux réunions de chantier.

CONCEVOIR/PRESCRIRE DES MATERIAUX

En 2016 dans le marché privée, 59% des opérations de travaux ont fait l’objet d’une rénovation ou réhabilitation. Au vu des gisements présents sur le secteur et du renouvellement moyen des bâtiments, une stratégie de mise en œuvre de matériaux de réemploi peut rapidement être pratiquée, sans pour autant entraver les qualités esthétiques et d’usages du bâtiment.

De plus, les matériaux de réemplois peuvent facilement répondre aux réflexions tournées autour de la durabilité des bâtiments, aspects récurrents notamment par le biais des différentes labellisations.

Pour ce faire, une certaine évolution de la méthodologie de prescription est à mettre en place, au travers notamment de :

  • L’acceptation culturelle du matériau réemployé.
  • L’acceptation esthétique du matériau réemployé.
  • La mise en œuvre d’un réemploi fonctionnel.

CHANTIER DE RENOVATION/CONSTRUCTION

A cette étape nous pourrions imaginer :

  • Laisser la possibilité d’intégrer des matériaux de construction aux entreprises de travaux ;
  • Être accompagné spécifiquement par une entreprise en charge de l’approvisionnement en matériaux de réemploi et/ ou leur préparation à la remise en œuvre ;
  • Accepter une forme de flexibilité lors de la conception initiale afin de pouvoir s’adapter aux matériaux de réemploi disponibles au moment des études d’exécution et des travaux.

VALORISATION ENVIRONNEMENTALE

Certains labels et certifications prennent aujourd’hui en compte le réemploi, ce qui permet la valorisation d’un projet.

A titre d’exemple de grandes attentes entourent la nouvelle RE2020 (préfiguré par le label E+C-) et le mode de calcul des matériaux de réemploi dans l’analyse du cycle de vie (ACV) des bâtiments.

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